Nouveau site : http://www.educationetdevenir.fr/
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Le Forum, comme son nom l'indique, est un espace de libres
opinions ouvert aux lecteurs du site. Bien que cet espace soit modéré, les
opinions qui s'y expriment ne donnent évidemment pas les positions d'E&D. Le nouveau supplément Education du Monde daté du 28/01/09 s'est fait l'écho de l'expérience Narbonnaise du collège G. Brassens. |
L’impossible réforme ou la réforme impossible ?
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P. Bouchard, lance le débat : à vos plumes... |
La décision de Xavier Darcos de reporter la réforme du lycée doit-elle
être entendue comme un simple report ou comme un
enterrement ? Fondamentalement,
qu'est-ce que ça change ? Depuis 1975, date de la création du collège unique, combien de ministres ? 11 ou 12 (suivant que vous comptez Lang pour 1 ou 2). Combien d'entre eux nous ont-ils annoncé LA réforme ? 10 ou 11 (tous sauf Beullac). Combien de ces réformes ont-elles encore un effet ? Combien d'entre elles ont été annulées par un successeur, vidées de leur contenu, privées de leur cohérence, réduite à rien par le jeu conjugué de l'inertie et de l'absence de moyens ? A mon avis, toutes sauf une, la création du "bac pro". Même la création des ZEP est aujourd'hui un trompe-l'oeil, au moins en grande partie, et je ne dirais rien du collège unique. Ce qui ne signifie pas que l'EN n'évolue pas, mais davantage du fait de forces internes que du fait des politiques qui s'agitent... Je suis excessif ? Peut-être un peu. J'ai eu pendant les 10 ans que j'ai passés à la tête de la rédaction de l'AEF les yeux rivés sur le détail des déclarations et des intentions des ministres... J'en fais une overdose. Indépendamment de mes états d'âme, qui me poussent à l'excès, je crois fondamentalement que les politiques, quand ils touchent aux sujets de société, n'ont plus qu'un pouvoir de nuisance... Reste à savoir comment réorganiser la démocratie ! |
Réactions |
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Note de lecture |
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Jean-Pierre OBIN, IGEN-EVS, mais aussi, pendant longtemps, militant à Education & Devenir, qu’il a marqué de la pertinence de sa réflexion (et dont on peut regretter qu’il n’ait pu y trouver toute la place qu’il méritait) vient de rédiger un rapport pour l’OCDE sur la direction des établissements scolaires. Le cadre imposé - chaque pays produisant son rapport, il fallait un canevas strict pour le travail de synthèse ultérieur – a obligé à quelques redites apparentes, mais qui permettent d’aller un peu plus loin dans la réflexion.
J. P. Obin, insiste, en préambule, sur la double mission, rappelée dans la loi de 2005, que la nation assigne à l’école : « Outre la transmission des connaissances, l’école à pour première mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République. » Puis il brosse un tableau général du contexte et du système scolaire. Le contexte est marqué par un dynamisme démographique de notre pays par rapport à ses voisins européens, qui se traduit dans les projections 2003-2013 par une progression des effectifs du primaire. Mais il est marqué très négativement par un chômage des jeunes massif : « Avant 1970 le taux de chômage des personnes sorties du système éducatif depuis moins d’un an était inférieur à 6 % ; il est monté à 35 % en 1985, de même qu’entre 1994 et 1999, pour diminuer ensuite et s’établir en 2005 à 30 %. » qui s’accompagne d’un écart plus grand des salaires avec leurs aînés (pour un jeune de 30 ans -15 % par rapport aux plus de 50 ans en 1975, - 40 % en 2006), avec des écarts entre jeunes salariés qui se creusent et une progression du taux de pauvreté des 25-29 ans. On voit se constituer ou se renforcer des quartiers « de populations de plus en plus socialement homogènes, constituées de celles et ceux qui rencontrent les plus fortes ségrégations devant l’emploi : les jeunes, on vient de le voir, mais aussi les immigrés et les femmes, et en particulier celles qui sont chefs de famille. » Le taux de scolarisation à 18 ans a régressé (85 % en 1995, 80 % en 2005). L’écart des taux d’accès à l’enseignement supérieur des enfants d’ouvriers avec ceux des cadres et professions intermédiaires est resté inchangé à 40 points entre 1984 (10-50 %) et 2004 (38-78 %). S’agissant de l’inégalité géographique, il note que « les territoires responsables d’une forte moins value en termes de réussite scolaire (la Picardie, la Haute-Normandie, l’Ile-de-France et la Côte d’azur) combinent deux caractéristiques fortes : leur densité d’établissements et l’importance des disparités sociales et de résultats scolaires entre établissements ; autrement dit, ce sont des territoires où les ségrégations de populations scolaires entre établissements sont facilitées par leur proximité, et où s’ajoute à la ségrégation par l’habitat une sur-ségrégation scolaire par le biais des inscriptions dans l’enseignement privé ou des dérogations et assouplissements des contraintes de la « carte scolaire » de l’enseignement public. » Cette synthèse s’appuie sur des travaux précis. En revanche, l’observation faite d’une « ethnicisation » de la vie scolaire, si elle existe indubitablement, gagnerait à être étayée par un travail d’enquêtes, pour en prendre la vraie mesure. Faut-il ajouter que l’analyse faite plus haut sur la « sur-ségrégation scolaire » peut déjà expliquer l’observation d’ethnicisation ? Plus discutable encore est le dégagement sur la crise de l’autorité. Outre quelques poncifs sur la permissivité et le libéralisme éducatif (né de mai 1968 ?) l’assertion sur « la définition de « droits de l’enfant »* dont certains ont davantage pour but de l’émanciper des adultes que de le protéger » aurait méritée d’être illustrée par des exemples précis. Et là aussi, aucune référence à des travaux sociologiques permettant de mesurer l’étendue des méfaits de la maléfique « idéologie anti-autoritaire »**.
L’auteur va poser quelques jalons qui vont se retrouver en conclusion. Tout d’abord ce qu’il appelle les dévolutions fractionnées : l’école aux communes, le collège aux départements, le lycée aux régions et l’enseignement supérieur à l’état. Puis, la coupure entre l’école et le collège. Il insiste sur le choc rude subi par les élèves entre le maître unique et la dizaine de profs en 6e ; sur la conception des programmes aux finalités instrumentales en primaire, plus culturelles au collège ; la scolarité obligatoire en France ne repose donc pas sur une école de base ! Le rôle du collège oscille d’ailleurs entre deux conceptions : conclusion de l’école fondamentale ou propédeutique au lycée. Ensuite, une culture enseignante à la fois corporatiste et libertaire : « Les professeurs du second degré, plutôt rétifs à l’autorité de l’Etat, sont très attachés à leur « liberté pédagogique » et, bien qu’individualistes et souvent hostiles au travail collectif, ils se retrouvent cependant solidaires face à ce qu’ils nomment “l’administration” »
J. P. Obin va analyser en détail et sous divers angles ce qu’il appelle gouvernance et direction des écoles et des établissements scolaires. Les oppositions sont nombreuses : école sans réalité juridique d’un côté, EPLE de l’autre ; écoles regroupées dans une circonscription sous la direction d’un IEN ayant seul autorité sur les instituteurs et professeurs d’école, le directeur d’école n’étant, en théorie, que le premier des pairs et devant composer avec l’autre autorité qui attribue des moyens, le maire ; corps de personnels de direction, recruté sur concours, dirigeant un établissement sur la base d’un contrat d’objectifs négocié avec l’IA-DSDEN, mais ne disposant que d’une autorité (sur le papier au moins) très partagée vis-à-vis de ceux qui permettraient le plus d’essayer d’atteindre les objectifs : les enseignants ; enseignants qui préfèrent l’autorité plus lointaine de l’IA-IPR ; une polysynodie, dans les EPLE, peut-être exagérée, mais qui témoigne de la volonté d’associer d’autres « acteurs » parents, bien sûr, élus, représentants du monde de l’entreprise, etc. ; des commissions moins nombreuses dans les écoles et parfois formelles ; des bassins de formation qui remplissent plus ou moins un rôle d’échanges et d’harmonisation entre les différents niveaux et branches de l’enseignement… Est étudié aussi l’enseignement privé (ceux que ça intéresse se reporteront au rapport, à noter qu’une étude récente, dont je n’ai malheureusement pas noté la source –peut-être Le café pédagogique -, aurait montré que les directeurs du secondaire privé s’impliqueraient moins dans le pédagogique que ceux du public).
Si la pertinence de l’action du chef d’établissement réside moins dans le respect d’un système de normes que, en jouant de marges de manœuvre offertes par la relative autonomie, dans l’atteinte des objectifs fixés, les outils d’évaluation deviennent essentiels. Claude Pair, dans un rapport au défunt HCéé constatait que « le système éducatif français présente (…) une image favorable quant à la variété et à la qualité des évaluations qui y sont conduites. Certains outils ou réalisations y connaissent des développements particuliers, voire originaux, comme les évaluations diagnostiques de masse des acquis des élèves, organisées à plusieurs moments clefs de la scolarité, ou les indicateurs de performance des lycées fondés sur une appréciation de la valeur ajoutée de ces établissements. Il est vrai que, dans ce dernier cas, l'appréciation est imparfaite du fait de l'absence d'évaluation des progrès des lycéens (…) Ceci dit, l'évaluation du système éducatif français se présente sous la forme d'un foisonnement de travaux et de dispositifs variés qui se sont ajoutés les uns aux autres, sans constituer véritablement un ensemble organisé et cohérent qui permette de répondre, à la fois et à tous les niveaux, aux deux objectifs de l'évaluation : rendre compte aux citoyens et aux usagers de l'état du système éducatif, et donner aux responsables et aux acteurs les moyens d'une régulation et d'un pilotage(…) La variété des dispositifs en place et la richesse de leurs résultats contrastent avec la faiblesse de leurs usages. » (cité par J.P. O.).***
Les conclusions sont assez prudentes. On commencera par la dernière qui a pu être lue, à tort à mon sens, comme une condamnation de la décentralisation. Le partage entre quatre niveaux de décision entrave en particulier tout rapprochement entre l’école primaire et le collège, alors qu’une autre méthode, celle de spécialisation d’une collectivité, comme cela s’est mis en place par exemple en matière de transports pour les régions ou d’action sociale pour les départements, le permettrait. Mais on sent bien que le poids de l’histoire est lourd s’agissant du lien école primaire et commune ! Un statut de directeur d’école est fortement lié à un statut de l’école avec une existence juridique. « Le directeur d’école ne dispose en fait d’aucune autorité pour assumer une réelle responsabilité pédagogique ; et il dispose de peu de moyens pour assurer ses responsabilités administratives. » L’auteur n’ignore pas, il l’a souligné plusieurs fois dans son rapport, le poids des syndicats et donc la grande difficulté à faire évoluer le rôle de ceux qu’il nomme « dirigeants locaux », c’est-à-dire les chefs d’établissements secondaires – et dans un lointain avenir, les directeurs d’école. Il propose que leurs référentiels de métier soient recentrés sur leur responsabilité pédagogique et éducative, et les tâches de gestion logistique et financière déléguées à des collaborateurs spécialisés. Donc que leur évaluation soit davantage centrée sur les résultats éducatifs et cognitifs des élèves que sur les modes de gestion des moyens. Quant à l’évaluation des enseignants, malgré l’extrême prudence de la formulation, il n’ignore pas qu’elle sera le grand point d’achoppement : L’évaluation des enseignants pourrait être réformée, en remplaçant le dispositif formel de notation par une véritable évaluation qualitative débouchant sur des conseils, de l’aide et de la formation, à partir d’une pluralité de regards, dont celui du dirigeant local. Une démarche plus pragmatique, comme celles que dessine, par exemple, José Fouque (Diriger un établissement scolaire : l’exigence du possible, Hachette Education), avec une utilisation intelligente des outils existant (notation dite « administrative » complètement revisitée, conseil pédagogique, maintenant reconnu, permettant de mettre en place un maillage et d’amorcer ou développer un travail collectif des enseignants…) est peut-être plus fructueuse, dans le court terme.
Mais elle ne résout pas la question centrale, qu’au-delà de la direction des établissements scolaires, pose Jean-Pierre Obin : comment réduire la fracture école-collège pour construire l’école fondamentale ?
J. F. Launay http://deblog-notes.over-blog.com/
Texte du rapport : http://www.oecd.org/dataoecd/63/53/39487500.pdf
* http://www.globenet.org/enfant/cide.html voir aussi http://www.dei-france.org/
** Une assertion sur l’absence de transmission des règles, des repères et des valeurs entre deux générations [des années 60 aux années 80], toutes choses sans lesquelles aucune personnalité ni aucune société ne peut raisonnablement se structurer. Cette déstructuration politique, sociale et morale de la jeunesse est sans doute une des causes de la vague de violence juvénile qui s’est développée en France dès le début des années quatre-vingt-dix est à un tel degré de généralité qu’elle est a-discutable ; des affirmations de ce type ont pu être formulées à d’autres époques : est-on loin de la lie d’individus déchus de toutes les classes qui a son quartier général dans les grandes villes que décrivaient Marx et Engels sous le nom de lumpenprolétariat ? et entre le soixante-huitard attardé et le travailleur immigré qui ne trouvait plus ses marques de père de famille, sans parler de familles décomposées, le déficit de transmission est-il de même nature ? Daniel Pennac, dans la cinquième partie chapitre 3 de Chagrin d’école, montre avec talent les limites (et les causes) de ces grandes généralisations.
*** Le projet d’établissement comporte souvent de grands et nobles objectifs, avec parfois une vraie panoplie d’actions pour les atteindre mais quant à évaluer s’ils sont totalement ou partiellement atteints, le flou artistique règne le plus souvent. Cependant, pour autant que la procédure ne soit pas que formelle, la lettre de mission peut faire progresser la « culture d’évaluation ». |
LETTRE AUX EDUCATEURS, signée Nicolas SARKOZY | |
Essai d’analyse critique |
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Avertissement : les citations du texte sont entre guillemets, les caractères gras sont de moi.
Elle s’adresse essentiellement aux enseignants et aux parents d’élèves.
En une trentaine de pages, nous avons droit à un exercice littéraire qui se veut, excusez du peu, le texte refondateur de « l’éducation du 21ème siècle, clé de la renaissance intellectuelle, morale et artistique » ! Malgré un rappel de la spécificité française de la « pensée claire et de la raison universelle », on cherchera vainement un plan dans ce magma qui se présente comme un supermarché de la pensée éducative où chacun peut trouver matière à soulager ses ressentiments, conforter ses revendications, ou espérer des jours meilleurs. Ce qui en ressort pour moi : · sur le fond, c’est une critique serrée du passé au sein d’une vision dichotomique et instrumentalisée de l’histoire et de la philosophie de l’éducation, et un catalogue de vagues mesures sous le signe du donnant-donnant, dont on voit immédiatement le coût politique mais certainement pas la faisabilité ! · sur la forme : un discours manipulateur et un martèlement Coué-méthodique…
1 Une vision dichotomique
Passé lointain = une référence, même s’il s’en défend « L éducation a longtemps négligé la personnalité de l’enfant », en lui proposant « un moule unique » et en mettant « le savoir au-dessus de tout » : c’était « l’école de l’exigence, de la rigueur, du dépassement, et donc de la promotion sociale ». Seul « inconvénient : ce modèle n’était pas adapté à tous »… « Nous ne referons pas l’école de la IIIième République », mais en ces temps-là, messieurs-dames, « la république était fière de son école, et les maîtres fiers de leur métier » !
Passé récent = échec total Puis « c’est la personnalité de l’enfant qui a été mise au centre » (mai 68 n’est pas cité…), avec pour conséquences : « valorisation de la spontanéité, peur de contraindre, oubli de transmettre, autorité ébranlée, culture effritée, inégalité devant le savoir », et donc « échec scolaire et chance de promotion réduite ». En pédagogie, passé récent = « renoncement, démagogie, confusion des valeurs (beau et laid, grand et petit, vérité et mensonge, profond et superficiel, liberté et règle, bien et mal, autorisé et interdit, droit et devoir…), expression agressive, impunité de la faute, méconnaissance du mérite, dévalorisation de l’effort, accumulation des connaissances, abstraction excessive, spécialisation précoce, cloisonnement absurde entre intellectuel et manuel, entre corps et esprit, primauté de la quantité sur la qualité », tout cela aboutissant à une « école républicaine affaiblie ». On se demande comment un système aussi mauvais a pu produire un aussi brillant esprit…
2 La méthode Coué
Comme on a pu le voir tout au long de la campagne, en bon disciple d’Emile Coué, notre président est un adepte de la pensée positive et de l’effet placebo. C’est ainsi que tout au long du texte sont répétés à l’envi les mots « refondation, renaissance, reconstruction, rénovation, défi à relever ». Bref le projet éducatif proposé est placé sous le signe de la rupture (mot curieusement absent)… et de la continuité, puisqu’il doit s’inscrire « dans le droit fil de la Renaissance, du siècle des Lumières, et de Jules Ferry », rien que ça ! Que vient faire là l’ambigu et composite Jules Ferry ? Est-ce le père de la laïcité qui est invoqué ? Ou le franc-maçon anti-communard et le colonialiste raciste[i] ? En tout cas qui devinerait que s’inscrire dans cette lignée peut se résumer à cette formule-choc : « Donner le maximum à chacun et non le minimum à tous » ? C’est quoi « donner le maximum à chacun » ? Très simple : « donner à chacun l’estime de soi grâce à la découverte de sa faculté à accomplir ce qu’il ne se serait pas cru capable d’accomplir » ! Avec cette « philosophie de l’éducation », tout éducateur se sent complètement armé pour participer à la « nouvelle Renaissance »… Quelques pistes sont données sur ce que doit être l’école de demain : · « une école basée sur le respect mutuel » (et notamment « le respect du maître en se découvrant dans l’école et en se levant à son entrée en classe », sic) · une école qui réalise « l’ouverture à l’autre », ce qui s’obtiendra par « la suppression de la carte scolaire, la réforme du collège unique, et l’apprentissage de l’histoire des religions » : Ah bon ?! · « une culture commune et la participation à une identité collective », par « l’instruction civique, la transmission des valeurs morales et intellectuelles françaises », ce qui permettra de déboucher sur une « citoyenneté nationale et européenne »(on va s’arrêter là, parce qu’au-delà de l’Europe, on ne sait pas ce qu’on peut trouver…) · « une culture générale », mettant fin à « l’accumulation des connaissances », basée sur « l’interdisciplinarité » , donnant à tous les élèves « une initiation à la littérature, à la poésie, aux diverses formes d’art, à la science, à l’analyse et à l’esprit critique », ce qui permettra à chacun de se forger « sa vision du monde » et de mettre fin à la violence dans les rapports sociaux (ce n’est pas dit comme ça, mais on n’en est pas loin !)… · « une pédagogie concrète et active, ouverte sur le monde extérieur » (ne nous trompons pas, le « monde extérieur » c’est la nature, la culture et… l’entreprise !) · « une pédagogie qui brise les cloisonnements absurdes » (ouais, enfin !) « entre le corps et l’esprit, entre les mondes intellectuel et manuel » : la belle trouvaille, tarte à la crème de tous les textes politiques et pédagogiques depuis 30 ans, faisant croire à la responsabilité de l’école dans ce domaine…
3 Un discours manipulé et manipulateur
Le tour de passe-passe est magistral et est à la base méthodologique du personnage. La démarche est toujours la même : 1. Pointer un problème à résoudre 2. Le simplifier à l’extrême en le sortant de son contexte et en reconstruisant un pseudo-contexte dans lequel il semble naturellement s’inscrire 3. Lier la solution soit à la rectification d’une anomalie, soit à l’apport d’une amélioration pour les personnes concernées 4. Faire apparaître la solution comme évidente et consensuelle
Exemple : voici trois phrases tirées de la lettre : « Éduquer c’est chercher à concilier deux mouvements contraires : celui qui porte à aider chaque enfant à trouver sa propre voie et celui qui pousse à lui inculquer ce que soi-même on croit juste, beau et vrai. ». « l’éducation doit aussi inculquer à l’enfant le goût de l’effort, lui faire découvrir comme une récompense la joie de comprendre après le long travail de la pensée. » Ces énoncés se présentent comme une vérité universellement partagée par les éducateurs… « Que voulons-nous que deviennent nos enfants ? Des femmes et des hommes libres, curieux de ce qui est beau et de ce qui est grand, ayant du coeur et de l’esprit, capables d’aimer, de penser par eux-mêmes, d’aller vers les autres, de s’ouvrir à eux, capables aussi d’acquérir un métier et de vivre de leur travail. » De la part d’un homme qui ne sait que dire « je », ce « nous » laisse supposer un consensus indiscutable. Si je ne partage pas du tout cette conception de « l’éducation » et de l’apprentissage, je me sens immédiatement rejeté et marginalisé, comme incapable de participer à l’œuvre initiée par le grand rénovateur…
4 Les mesures
a) Pour les établissements: « Il faut reconstruire l’école, le collège, le lycée », rien que ça… Comment ? · « Par l’autonomie, avec des moyens accordés sur la base d’une évaluation qui sera partout la règle », ce qui suppose, bien sûr, que l’évaluation des établissements scolaires et de leur projet d’établissement par une autorité indépendante est de nos jours complètement maîtrisée ! · « par une remise à plat des rythmes et des programmes » : la lettre n’aborde pas les détails de cette mesure ; on comprend peu à peu que cela signifie moins d’heures de cours et des programmes qui vont à l’essentiel( ?), ce qui est résumé en : « donner priorité à la qualité sur la quantité » , et, pour éviter une sélection ultérieure, « élever le niveau à l’entrée en 6ème et en Seconde », le bac devant rester la reconnaissance de la « faculté de suivre dans l’enseignement supérieur »…
b) Pour les profs : · Ils gardent « leur liberté pédagogique » : bonjour la cohérence … · Et « leur métier sera revalorisé » (niveau de vie meilleur, perspectives de carrière meilleures, notamment en mettant « fin au carcan des statuts », conditions de travail meilleures) Que signifie exactement « meilleur » ? La lettre ne le dit pas : on ne va pas pinailler ! L’Etat a-t-il les moyens de cette réforme, bien sûr, la solution est simple : « il y aura moins de professeurs, puisqu’il y aura moins d’heures de cours » et « il sera mis fin à l’égalitarisme qui a trop longtemps prévalu ». Mais attention ! C’est donnant donnant : le professeur revalorisé est celui « qui travaillera plus, qui s’investira davantage, qui aura un comportement rigoureux (notamment dans sa tenue), et qui sera capable de faire prévaloir l’autorité du maître »…
c) Pour les parents : Droits : « à la maternelle, à la garde d’enfant et aux études surveillées », déclarés « priorité du quinquennat » Devoirs : « obligation scolaire, contrôle des devoirs, respect des lois et politesse »…
5 Conclusion de la lettre
Où l’on découvre enfin qu’ « il s’agit d’être efficace non seulement pour atteindre un objectif économique, non seulement pour que demain notre économie dispose d’une main-d’oeuvre bien formée, mais aussi, et peut- être surtout, pour que nos enfants soient porteurs de valeurs de civilisation, pour qu’une certaine idée de la civilisation continue de vivre en eux ». Et rebelote : « défi à relever, nouvelle Renaissance, temps de la refondation »… Dernier mot positif de la lettre : « Nous avons déjà trop tardé. »
6 Conclusion perso
Bel exemple de la méthode Sarko : agit-prop et tirs de fantasia, comme on dit sur France-Culture… Ce qui est grave, c’est sa prétention à la contre-révolution, baptisée nouvelle renaissance, habillée des oripeaux du progrès, et qu’il croit obtenir en achetant les acteurs par de promesses vagues d’améliorations de leur sort. Ce qui est grave, c’est de faire porter aux profs et à l’école la responsabilité de l’échec supposé du système éducatif, alors qu’il n’est que le reflet de la société et le produit des politiques mises en œuvre jusque là, l’actuel président y ayant sa part de responsabilité… Ce qui est grave, c’est qu’il ne met pas le doigt sur la plus urgente des réformes pédagogiques à faire : mettre fin à la constante macabre[ii] de l’évaluation, qui enferme l’élève dans une notation chiffrée absurde et qui est le principal frein à l’efficacité du processus pédagogique ! Nous avons déjà trop tardé…
Bernard ARNAUD [i] C’est quand même lui qui a dit : « Les races supérieures ont le droit et le devoir de civiliser les races inférieures », et aussi : « Les colonies sont les soupapes de sécurité de notre économie »… [ii] cf. La Constante macabre, d'André Antibi, éditions Math'Adore, Toulouse, 159 pp., 15 euros
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Annick BENARD-VADIN | |
Témoignage... d'un militant....de base... |
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Triste aujourd'hui d"apprendre le décès d'Annick BENARD-VADIN... J'étais jeune militant, fin des années 80, début 90 lorsque j'ai connu Annick, alors Prof de lettres.. elle était de ces profs qui ont participé à l'ouverture d' E et D vers le monde enseignant. Brillante et pétillante au sourire communicatif, elle a marqué mon entrée à E et D par ses analyses, ses prises de positions d'enseignante dans une association qui était alors majoritairement composée de personnels de direction et de CPE.....Je me souviens -et certains se souviendront aussi -de ces journées d'Octobre mémorables à Villebois pleines de sérieux, de convictions et du plaisir de nous retrouver... C'est d'ailleurs là que certains d'entre nous, les anciens aujourd'hui, l'ont rencontrée pour la dernière fois, avec Jean-Pierre Vadin, après leur mariage ; N'oublions pas que Jean Pierre a été notre trésorier national pendant plusieurs années Puis nos chemins se sont séparés... Elle fut une proche de Maurice VERGNAUD, notre président fondateur, tout comme Jean Pierre. J'ai gardé un souvenir vivace de notre rencontre.. J'adresse à Jean Pierre, en mon nom et au nom de l'Association " EDUCATION et DEVENIR " nos sincères condoléances et nos amicales pensées. Henri NIEDEROEST Principal de Collège Membre du C.A. d' EDUCATION et DEVENIR |
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Je m'associe au témoignage d'Henri et aux sentiments de
Jean Pierre en ces tristes moments. A tous deux qui ont été au tout début de notre mouvement dans sa diversité tout mon accompagnement et le souvenir d'un élan éducatif partagé qui n'est pas prés de s'éteindre. Michel Gini. |
GARDE-A-VOUS ! Des anti-pédagogues, qui font de leur incompétence vertu, sont invités avec complaisance par certains médias. Jouant les "maquisards", ils sont en fait bien introduits auprès de Robien. Gavage et dressage sont leurs mots d'ordre !
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Depuis quelques temps, il est devenu presque impossible de traiter publiquement la question de l'École sans que surviennent des réponses intempestives, d'une autre époque, pour ne pas dire d'un autre monde. Blogs, forums, livres, journaux, télés, radios, magazines ou simples réunions publiques : comme chacun a pu le constater, tous les espaces d'expression sont pollués, parfois jusqu'à saturation, par une vision totalement archaïque de l'éducation. Ce discours simpliste et mensonger hérisse le poil des uns mais fait se tendre l'oreille des autres. En effet, malgré la précision et la rigueur des travaux de recherche ou l'authenticité des témoignages liés aux pratiques de classe, tout n'a pas été dit sur ces nouveaux "hussards bleus", capables d'user de toutes les armes, conventionnelles ou non, de porter tous les coups, fussent-ils vils et bas. Contre des adversaires qui ne s'embarrassent pas de la vérité, la rationalité des arguments les plus sérieux ne pèse pas lourd. Mais qui sont ces antipédagogues, qui font de leur incompétence une vertu ? Comment leur crasse ignorance, cachée sous une virulence abrutie, peut-elle séduire des parents déboussolés, des enseignants dépassés ou des animateurs en mal d'audimat ? |
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Complaisance des médias |
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En premier lieu, il y a une complaisance dangereuse de certains médias à l'égard de ces énergumènes furibards dont le statut de groupuscule est dissimulé sous un activisme surmultiplié par Internet et un imposant carnet d'adresses politiques et médiatiques. Quand Françoise Laborde, la journaliste de France 2, reçoit J-P. Brighelli aux "quatre vérités" (sic) le 27/4/2006 pour parler de son dernier livre, elle oublie juste de préciser qu'elle est chaleureusement remerciée à la fin de cet ouvrage ! Quand Anne Guéry, journaliste de la même chaîne, réalise dans l'année ses deux seuls reportages sur ce domaine de l'éducation - comme par hasard - dans les classes de Rachel Boutonnet de "Sauver les lettres" ou de Françoise Candelier du SLECC, elle affirme sans rire : "quand je vais voir un enseignant, je ne connais pas son profil" ("L'hebdo du médiateur", 7/10/2006). En vérité, ces bêtes de foire... d'empoigne assurent de bonnes ventes et une bonne audience en tenant un discours qui peut séduire même ceux qui en seront les prochaines victimes ! Cette complicité s'est exercée au travers d'articles et de reportages télévisés dans lesquels la souplesse pédagogique est soudain apparue comme un laxisme, alors que le renoncement que provoque la rigidité totale de ces apocalyptiques était présenté comme la preuve d'une rigueur professionnelle retrouvée ! Un comble ! Du coup, ceux qui recherchent l'amélioration des conditions de la réussite scolaire ne seraient plus que des "pédagogols", "criminels de l'éducation" et autres "khmers rouges" ! |
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Résistants ? Collaborateurs ! |
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" Il y avait un jeu assez complice entre moi et De Robien, plus ou moins planifié d'avance. Le fait de nous mettre dans des camps opposés n'était que de la frime " |
Ensuite, ces rustiques aux gros sabots, pour lesquels on déroule le tapis rouge en guise de paillasson, se présentent comme d'honorables "résistants" oeuvrant dans l'ombre. Le livre de Rachel Boutonnet s'intitule "Journal d'une institutrice clandestine"... peut-être pour mieux rappeler que les objectifs affichés par cette fonctionnaire ne respectent pas vraiment les programmes officiels autrement plus ambitieux ! Ces rois de la férule exercent une incessante activité de lobbying à destination de médias incompétents et d'un ministère bien perméable à leurs arguments au point d'être tenté de couper les têtes qui dépassent lors de ce grand garde-à-vous pédagogique (cf. R.Goigoux). Pourtant, il est facile de constater que nos prétendus "maquisards" ne sont que de zélés "collaborateurs" de la politique la plus rétrograde que l'on ait connue depuis longtemps. Ainsi, J-P. Brighelli, l'auteur de "La fabrique du crétin" (non, ce n'est pas une autobiographie) suite à une émission de télévision où on fit semblant de l'opposer au ministre ("L'arène de France", France 2 le 6/9/2006) avoue sur son blog : " Il y avait un jeu assez complice entre moi et De Robien, plus ou moins planifié d'avance. Le fait de nous mettre dans des camps opposés n'était que de la frime " (7/9/2006, sur son site "bonnet d'âne"). Quant à Marc Le Bris, connu pour le livre "Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter" qui lui valut d'être reçu cordialement en 2004 par le ministre Fillon, il n'a pas hésité à prendre la parole à la tribune de... l'UMP lors de la journée de convention de ce parti le 22 février 2006 (photo sur le site du café pédagogique). Cet adoubement lui a permis d'obtenir à la rentrée 2006 une aide financière rondelette et une décharge pour mettre en place le programme rétrograde SLECC (savoir lire, écrire, compter, calculer) qui soutient autant l'école qu'un pieu l'empalé. Par ailleurs, ces "tenants du savoir" ne savent vraiment pas se tenir ! Leurs sbires insultent, menacent, diffament, mentent, tentent d'intimider leurs opposants. Ils vont parfois plus loin comme G. Sibieude, responsable du site "lire-écrire" et auteur du livre "Apprendre à lire à la maison" (forcément !) , qui hurle : "Aux armes, citoyens ! Il faut que de nombreux opposants aillent faire la claque", aux réunions publiques de Philippe Meirieu car "c'est l'occasion de démolir un type qui devrait être jugé en cour d'assises pour crimes contre les enfants" (8/9/2006 site lire écrire) ! Dire que quelques mois plus tôt, le même Sibieude participait à des réunions en compagnie de M. Le Bris sous le haut patronage de l'association traditionaliste "Familles de France" (en Seine-Maritime les 20 et 21 janvier 2006) ! |
Gavage et dressage |
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"mes punitions sont bêtes et méchantes" |
Enfin, ce qui n'est jamais affiché sous ce menu avarié, c'est le véritable prix à payer par les jeunes élèves pour leur imposer des méthodes d'enseignement qui n'envisagent l'apprentissage que sous la forme du gavage, dans une conception de l'éducation limitée à l'instruction par dressage. Pour cela, laissons la parole à Rachel Boutonnet qui, dépourvue de la modestie nécessaire pour apprendre un métier complexe, ne craint pas d'écrire deux livres en moins de quatre ans d'expérience, ce qui nous vaut quelques recettes peu ragoûtantes (citée par M.T. Maschino dans "Parents contre profs" Fayard 2002) : refus du travail en équipe avec les collègues car "c'est l'avis du plus fort qui passe" ; mépris des élèves juste considérés comme "non responsables, non autonomes et ignorants de beaucoup de choses" ; une démarche fastidieuse assumée : "je ne crains pas qu'ils s'ennuient [...] je demande à mes élèves de rester immobiles et attentifs en classe [...] mes punitions sont bêtes et méchantes [...] " (on peut lui faire confiance !) ; une tenue de la classe suspecte quand ça ne va plus : "Je hausse la voix très fort et je dis des choses assez terribles (?) pour que mes élèves en restent cois. Je peux donner des tapes sur les fesses de ceux qui ne se décident pas à s'asseoir correctement. Je secoue parfois les épaules de ceux qui sont trop agités pour entendre les réprimandes" ; un RMI éducatif : "Je ne travaille pas par "projets". Mon seul "projet" est que mes élèves apprennent à lire, écrire et calculer" (et dire qu'elle et ses amis accusent les pédagogues d'avoir renoncé !) ; une gestion du travail et des conflits peu recommandable : "Mes élèves ne travaillent pas en groupes. Chacun travaille seul et pour lui. Si j'entends un de mes élèves dire qu'il "n'aime pas les Noirs", je le reprends devant toute la classe et je le range avec le plus noir de la classe", etc. C'est avec une telle assise théorique qu'elle fut invitée sur RFI (18/1/2006) où elle put affirmer : "Je ne parle pas trop de pédagogie différenciée car ça ne me dit pas grand chose" ou encore "Il y a l'envie de lire chez tous les enfants... [...] il faut apprendre à lire même à ceux qui n'ont pas envie de lire" et enfin à propos de la syllabique : "l'intérêt c'est que l'enfant ne lit que ce qu'il sait lire"! Comme dirait M. Le Bris (France 2 le 6/9/2006) : "C'est cette école qui a fait de nous des intellectuels [sic] ". C'est en tout cas de cette façon que de prétendus militants de gauche (Boutonnet, Le Bris, Brighelli) ont reçu le soutien de l'extrême droite (logique puisque seul le programme du FN prévoyait le retour de la syllabique - voir aussi le site de B. Mégret). |
Bien sûr, nous pourrions nous contenter de sourire si dans le même temps tout allait bien dans l'Éducation Nationale. Or, il reste d’évidents progrès à réaliser, notamment en développant des pratiques innovantes, adaptées, mais rendues responsables de tous les maux... sans qu'elles aient jamais été réellement mises en place ! Et dans un pays qui connaît une dégradation sans précédent (chômage, RMI, racisme, communautarisme, logement, précarité, violences...) qui voudra faire croire que tout va bien sauf l'école dont on sabote encore ces temps-ci les moyens d'action ? Rappelons que s'il reste des imperfections de taille, il n'y a jamais eu aussi peu d'illettrés, jamais aussi peu de jeunes sans qualifications ou diplômes, jamais aussi peu d'échec scolaire, jamais autant de bacheliers. Que de nouvelles exigences aient dépassé nos résultats - pourtant en hausse - est une évidence que l'on aimerait voir médiatisée davantage que ces nostalgiques délirants qui, en plus d'hurler avec les loups, font le choix de les caresser dans le sens du poil, inconscients de la gravité des morsures que la crise sociale et morale ne fera qu'infecter. A nous de trouver les réponses pour museler ces aboiements de pitbulls enragés, issus d'un croisement idéologique aussi redoutable que douteux. Octobre 2006 Sylvain Grandserre Maître d'école
N.B; Le "chapô", les intertitres et citations mises en relief ont été ajoutés au texte original. |
Banlieues | |
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« Depuis ce jour-là, je sais que j’ai en moi la capacité de tuer. De tuer vraiment. Si, à ce moment j’avais pu le faire, je l’aurais fait. » Ce n’est pas un « sauvageon » encagoulé, « racaille » ou voyou incendiaire quelconque qui parle ce 7 novembre dernier dans mon cours de philo, c’est un des meilleurs élèves d’une de mes deux terminales ES, au lycée Maurice Utrillo, à Stains, Seine-Saint-Denis. Il vient de nous raconter, tout simplement, pas un mot plus haut que l’autre, comment l’été dernier, à l’occasion d’un prétendu contrôle de police, dans sa cité, il s’est retrouvé déshabillé de force sur la voie publique, humilié, en caleçon, un policier lui tâtant complaisamment les parties en ricanant : « T’aimes ça, hein, petite pédale, qu’on te les tripote, hein, allez vas-y, là, chiale un coup devant tes potes, allez ! » David a effectivement pleuré. On soupçonnait des trafics dans le quartier… Aucune suite à cette vérification d’identité. Son médecin lui a prescrit des calmants. Il ne sait rien ou presque de ce qui se passe en ce novembre brûlant : « Ben non je regarde pas la télé parce que sinon je sais que je pourrais pas dormir de la nuit… et je risquerais de m’y mettre moi aussi. » Il tient à avoir son bac. Bilal s’énerve : c’est la troisième fois dans la même journée que la prof exige, dans le brouhaha général du cours, qu’il change de place. Excédé, il sort de la classe en tapant sur une table violemment et en claquant la porte. Conseil de discipline : violences et menaces envers un professeur, exclusion définitive. Je le défends plus tard devant la commission rectorale : le recteur ramène la punition à un mois d’exclusion avec sursis. Bilal pourrait revenir au lycée : il a cependant de lui-même demandé à terminer son année scolaire dans un autre établissement ; mais le mois et demi de cours en moins se fait sentir, il n’obtiendra son bac que l’année suivante après redoublement. Hoang voudrait bien enfin pouvoir s’installer avec sa copine : il regarde, désespéré, le prix de location des moindres studios aux vitrines des agences. Ce sera pour quand il sera enfin sorti de la galère des stages, intérims et autres CDD, en attendant il faut s’inscruster ches les parents : il a bientôt 26 ans, humilié devant son père. 17 septembre dernier, coup de téléphone, un de mes anciens élèves d’il y a cinq ans : « Vous connaissez pas un bon avocat ? — Euh… si, mais pourquoi ? Qu’est-ce qui t’arrives ? — Ben on m’a dit qu’il fallait que je fasse un recours… — Un recours ! et contre quoi ? » Il raconte : une société de bagagistes l’a embauché pour travailler sur la plateforme de Roissy. Il faut un agrément préfectoral. Refusé. Motif ? S’est rendu coupable en 1995 d’une « intrusion » dans un établissement scolaire : il avait quatorze ans, accompagnait un copain qui avait dans ce collège une démarche administrative à accomplir. Que s’est-il passé ? Embrouille quelconque sans doute, les policiers appelés les cueillent à la sortie, et — ceux-là connaissent leur métier — les relâchent moins d’une heure après. Mais ils sont fichés. Dix ans plus tard, Omar se voit refuser l’agrément pour travailler à Roissy… Il espère en un recours devant le tribunal administratif.
Je ne sais pas très bien que penser des feux qui illuminent nos banlieues depuis quelques temps. Certes, je sais tout de même que ce n’est pas en brûlant voitures, bus, écoles ou entrepôts, en tirant sur des policiers, ni même en virant un ministre, qu’on résoudra la question du logement, de l’échec scolaire, du chômage, des discriminations, du prix du terrain, de la fiscalité locale, des ghettos urbains, de l’exclusion, du délitement de la vie associative, du racisme, des violences policières, de la drogue, des milices en formation dans les quartiers, du communautarisme, de la corruption des élites, etc., etc.. Combien coûte l’heure d’hélicoptère ? Combien en subventions aux associations de quartiers cela pourrait représenter ? Et mes élèves et moi, nous savons donc aussi, si les mots ont un sens, où sont les vraies « racailles » et qui sont les premiers incendiaires.
Bernard Defrance
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voir aussi : "Bientôt les chars dans les quartiers ?" 2001 | |
et Banlieues... Comment en parler à l’école ? CRAP-cahiers pédagogiques | |
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La tribune - et le dossier laïcité, en particulier son volet "voile islamique - ont suscité des réactions. Comme la tribune, elles n'engagent pas l'Association Éducation & Devenir, mais, par leurs divergences, engagent à dépasser l'emballement médiatique provoqué par un événement qui, à l'évidence, n'est nullement représentatif, si ce n'est d'une "provocation d'adolescentes", comme l'écrit un de nos correspondants. |
Offrir un avenir |
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J'avoue que l'hypocrisie des anciens pays coloniaux me sidèrent: pourquoi, pendant la colonisation, n'avoir pas libérer les femmes et avoir reçu à Paris des notables accompagnés de leurs femmes voilées? Comment entrer dans la modernité quand on ne dit pas l'entière vérité: par exemple qu'en URSS il n'y avait plus de femmes voilées et que le foulard est devenu un moyen de résister au néocolonialisme en revenant au passé avec son cortège d'archaïsmes. Ils ne deviendront "modernes" que si on leur offre un avenir, promesse de dignité retrouvée.
YP |
Pas costumé |
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À propos du voile islamique ...ou autre... peut-être serait-il plus simple de dire qu'on ne vient pas en classe costumé... voit-on des jeunes filles catholiques venir en classe en robe de "bonne soeur", ou des jeunes gens en bure de moine... donc, peut-être faut- il en venir au vêtement qui sied à des élèves à l'école; il va de soi que, hors de l'école, elles s'habillent comme elles veulent. M. R.-D. |
Image d’un certain obscurantisme |
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Aux jeunes filles qui sont effectivement libres de porter le voile et de s'habiller à la mode orientale, je leur demande de prendre conscience que pour trop de femmes et jeunes filles, le port du voile est une contrainte subie, imposée par leur mari, leurs frères et même leur fils. Ainsi, un petit nombre cautionne le sort peu enviable d'un grand nombre que l'on peut rencontrer également dans notre pays. Dans le cadre de mon travail, je rencontre une mère d'une quarantaine d'année qui ne peut sortir sans la présence de son fils. Elle doit lui demander l'accord pour tout et évidemment c'est lui qui tient les cordons de la bourse. Des jeunes filles sont dans l'obligation de se marier. Il est plus facile de divorcer et ainsi d'acquérir une certaine autonomie que de quitter le toit familial en célibataire. Je ne serai pas contre le port du voile s'il n'était pas l'image d'un certain obscurantisme.
B. P. Académie de Lille |
Pas de loi générale formulable | |
À propos de la question
du voile que j'élargirai à la kippa, la croix, le string, la casquette, la
mini-jupe et à tout autre vêtement (ou à son absence), je pense qu'il n'y a
pas de loi générale formulable.
M. P. |
L’ÉCOLE ET LA PLURALITÉ ETHNIQUE |
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La première remarque vise l’interrogation sur la notion d’ethnie. Le terme de pluralité ethnique ne recèle-t-elle pas des connotations négatives pour expliquer le pluralisme des cultures, la confrontation avec l’Autre, la problématique de l’altérité ? Est-il judicieux de parler de pluralité ethnique dans la mesure où le vocable d’ethnie peut induire des jugements, des conceptions restrictifs ? Parler des maghrébins ou des antillais comme une ethnie constitue tout de même une forme de raccourci qui ne témoigne pas globalement de ce que sont ces cultures… N’est-ce pas réduire une culture à une ethnie ? Et alors faudrait-il parler de pluralité ethnique pour définir la coexistence des bretons, des auvergnats, des girondins, des corses, des basques. Et lorsque l’on observe de près le fonctionnement des groupes, on constate même pour les élèves issus des cultures supposées communes, la notion d’ethnie n’est pas clairement perceptible ou définissable. Les élèves maghrébins eux-mêmes instaurent de la différenciation entre eux, non pas qu’ils ne se reconnaissent pas comme appartenant au Maghreb, et par extension à la religion musulmane, mais ils ne s’estiment pas toujours, les uns se renvoient leur mépris de l’autre. Difficile à gérer par l’école, on ne sait pas si l’utilisation des injures ou des railleries à connotations raciales est faite dans le but d’une recherche ou cohésion identitaire ou si ces mots visent à corroborer la fragmentation sociale, le déchirement du tissu social et la non-reconnaissance de l’autre. Le mot « ethnie » est-il moins porteur d’affects, de charges, de présupposés ou de différences raciaux que les mots de « peuple », « race », « tribu » ou « nation ». La pluralité ethnique fait-elle réellement et suffisamment ressortir la pluralité culturelle et linguistique, celle des savoirs d’expériences, celle de la grille d’interprétations, de représentations et de vision du monde ? Le mot « ethnie » constitue-t-il un certain progrès dans la mesure où il permet d’observer et d’évaluer d’une façon plus rationnelle, plus juste et plus scientifique les différentes ethnies. Est-il plus neutre ?
Le mot « ethnie » a donc deux définitions : une définition plus étroite associée à un groupe d’individus partageant une langue maternelle commune et une définition plus large, associée à un ensemble d’individus unis par des caractéristiques communes : la langue, la religion, l’anthropologie, la politique, etc. Faut-il donc associer la pluralité ethnique au multiculturalisme ?
Une seconde remarque me vient à l’esprit, à savoir peut-on encore parler d’une identité de la France dans la mesure où l’on s’interroge désormais sur l’identité de la France dans l’Europe et sur une identité européenne ? Et si l’on n’oublie pas que la France est une terre d’immigration, on comprend aisément que la question de la pluralité ethnique est une question inscrite même dans l’essence de la culture française. Entendons donc la pluralité ethnique comme la diversité des cultures dans le sens second du mot ethnie. Faut-il rendre l’école ethniquement plurielle, qu’elle pratique l’ethnicisation des savoirs, qu’elle intègre comme ordinaire l’ethnicisation des comportements et des rapports entre élève dans le cadre de la mixité ? Les maux de notre institution scolaire sont-ils ethniques ? Ou encore l’école s’enracine-t-elle et s’enrichit-elle de la pluralité ? Ces questions agitent les milieux éducatifs et pédagogiques mais ont-elles encore lieu d’être tant la société voire la république française est plurielle ethniquement, sociologiquement. La pluralité des cultures, la prise en compte de l’inter culturalité, le respect de l’autre dans sa culture, aussi bien dans son exercice langagier et religieux sont admis, toutes les institutions semblent s’en accommoder. Ici, l’institution judiciaire adapte le rythme d’un procès pour permettre à l’accusé de vivre le ramadan, là on adapte les horaires d’un service vie scolaire pour permettre à un agent de l’état de faire journée continue pour pouvoir rompre en famille son ramadan. Dans certaines écoles, on ferme volontairement les yeux concernant les absences des élèves de confession juive observant le shabbat le samedi. Même les entreprises privées s’adaptent, certaines allant même à casser le rythme de travail pour s’adapter aux exigences religieuses de ses employés, espérant ainsi qu’ils seront plus productifs et rentables.
Ainsi, la question de la pluralité ethnique à l’école ne constitue plus un débat brûlant d’actualité même si elle reste intéressante à poser du point de vue sociologique, psychologique et pédagogique. En réalité, l’école l’a déjà admise même si elle reste à l’intégrer comme un fait social avec lequel il faut combiner pour remplir ses missions et atteindre ses finalités. L’école l’a déjà admise dans ses structures et dans son fonctionnement en adaptant pédagogiquement même certains contenus, (des programmes et de la didactique prise en compte des conditions et des processus d’apprentissage, modification des méthodes d’enseignement, adaptation de la pédagogie, application de la pédagogie différenciée), si on tient compte des classes type CLAD, CLIS ou autres. Il en existe qui se fondent sur la répartition ethnique. Les minorités ethniques ont fait l’objet d’études et d’attention pédagogiques au Canada, en France ou encore en Europe. Quant aux fêtes religieuses : catholiques, juives ou musulmanes sont reconnues officiellement, elles sont publiées au BO. |
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Intégrer la pluralité ethnique |
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Les vraies questions qui méritent d’être posées discutées sont justement comment intégrer la pluralité ethnique pour que celle-ci ne se transforme pas en communautarismes, lesquels minent l’école et la fait vaciller dans ses fondements historiques, sociaux et pédagogiques ? v Comment donc traiter et gérer la pluralité ethnique pour que chaque élève, et peu importe son origine ethnique, social, accède à la culture française, au savoir, intègre les valeurs républicaines, vive le sentiment d’appartenance à une communauté et à la nation et s’intègre en tant que citoyens et hommes socialement, professionnellement et s’enrichisse personnellement ? v Comment aider ces enfants de la minorité, de l’immigration, en recherche et en construction permanentes de leur repères identitaires à accepter le vivre-ensemble sans renier leur bi ou tri-culturalité. v Comment permettre la pluralité ethnique sans entretenir la souffrance ou le pathos dû à l’inter-culturalité, l’exil issu du voyage migratoire est loin d’être facile à contenir et à dépasser même si l’on naît en France métropolitaine ? v Comment aussi aider les responsables pédagogiques ou éducatifs à ne pas céder à certains amalgames qui débouchent sur des a priori négatifs, facteurs d’agressivité, de violence ? v Comment ne pas aboutir à la racialisation des rapports sociaux, des incivilités ou les savoirs comme cadre explicatif de l’échec scolaire, des déviances ou des maux qui minent notre institution scolaire et des populations socialement et sociologiquement plus exposées et atteintes ?
La pluralité ethnique constitue une composante de l’innervation de l’institution scolaire et de son ouverture. Et en tant que renforcement du tissu social, facteur de cohésion sociale ou encore si elle permet de rendre plus de citoyens éclairés et avertis, elle n’est que richesse pour la nation française. L’école ne doit faire preuve d’aucune faiblesse concernant les dérives de la pluralité ethnique, de l’inter culturalité ou de la multiculturalité. On doit se garder de distinguer les élèves selon leurs appartenances ethniques, de laisser s’installer des ghettos ethniques dans les classes et dans les cours de récréation, la mixité ethnique et la mixité sociale ou sexuelle vont ensemble pour aider les uns et les autres à se reconnaître, à s’accepter, à se parler, à vivre-ensemble et à dépasser leurs appartenances. La pluralité ethnique ne doit porter préjudice ni à la neutralité ni à la laïcité.
Les croyances religieuses appartiennent à la sphère du privé et la sphère publique est le bien commun de tous, nul ne peut se l’approprier ou la dominer ou encore la manœuvrer pour ses intérêts propres ou pour ceux de son groupe ethnique. Le but de l’école laïque est de faire coexister toutes les confessions, toutes les couches sociales et de rendre libres les hommes devenus citoyens. La pluralité ethnique est souvent confondue avec l’immigration et surtout l’immigration des populations musulmanes. La pluralité ethnique est maghrébine, antillaise, africaine, orientale, française ou autre. La pluralité ethnique est par essence diverse. La pluralité ethnique n’est pas une mosaïque d’ethnies placées les une à côté des autres, qui ne se comprennent pas, qui se concurrencent, et si possible, qui s’organisent pour protéger leurs prébendes. |
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L’école doit rester ce qu’elle est |
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En l’intégrant, l’école doit permettre à la pluralité ethnique de gérer ses effets pervers, en dépasser ses outrances… Ce n’est qu’en véhiculant la tolérance, l’apprentissage du dialogue, en favorisant l’écoute, en développant des lieux où la diversité peut s’exprimer, en renforçant le sentiment d’appartenance à l’établissement et à la société française, que l’on parviendra à relever le défi ethnique. Il faut aussi armer les enseignants et les adultes de l’établissement d’outils textuels, pédagogiques et pratiques pour les aider à gérer cette diversité ethnique. Les adultes eux-mêmes doivent être laïques et être au clair sur les valeurs à prôner et à véhiculer.
Pour gérer la pluralité ethnique, l’école en l’acceptant, en l’intégrant doit aussi veiller à éviter la "désacculturation", l’acculturation ou encore l’aliénation de l’individu. Elle doit permettre à chacun de vivre la société et la culture françaises sans renier la sienne. A partir du moment où la liberté de vivre sa culture n’empiète pas sur les valeurs et sur la liberté de conscience des autres. Chercher à scléroser l’autre en lui demandant de faire abstraction ce qui fait son être le plus profond ce n’est pas l’aider à se construire. Même né en France métropolitaine, les maghrébins, les antillais, les africains vivent l’exil migratoire, s’interrogent sur leur identité et cherchent donc à un moment ou à un autre ce manque, cette frustration de ne pas savoir ce que l’on est. Et cette recherche de soi peut effectivement passer par des phases de risque, de reniement de soi, des autres, de la société, autant de pathos qui rejaillissent ensuite au sein de l’école.
Pour gérer la pluralité ethnique, l’école doit rester ce qu’elle est et ne pas chercher absolument et cela quitte à perdre son âme à s’adapter dans ses valeurs et dans ses finalités pour intégrer. Le savoir ne peut pas être ethnique mais si certains contenus peuvent s’adapter pour mieux appréhender la formation d’un groupe au statut particulier. Le savoir doit demeurer cosmopolite, ouvert, éclectique. L’école ne doit s’interdire aucun champ de connaissances, elle doit au contraire les étudier tous, cette exploration participe à l’ouverture d’esprit, à la formation, et à rendre chaque élève éclairé sur sa propre culture et sur celle des autres. Le savoir en étant non ethnique permet la diversité, la rencontre avec l’autre, la compréhension du monde, la distanciation.
La violence est-elle ethnique ? Question sulfureuse qui agite la société et les milieux éducatifs. Définir une typologie des violences en fonction des ethnies, catégoriser l’explicitation des incivilités en fonction des ethnies, voilà le danger. Qui n’a jamais entendu comme usager ou acteur de l’école un collègue pester en affirmant avec force et sincérité qu’il n’est pas raciste mais il constate néanmoins que statistiquement ce sont telles ethnies qui sont mêlées à tel type de violence ou la majorité des actes d’incivilités ou de violences sont commises par tel type d’élèves ? De telle catégorisation comme seul paramètre et cadre explicatifs ne facilite en rien la pacification du tissu social à l’intérieur des classes et de l’établissement.
Le communautarisme est-il exercé que par les populations immigrées ou minoritaires ? Comme l’explique Michel Oriol dans son article « le communautarisme en question », la notion de communautarisme s’est déplacée et a été réévaluée en France. On est passé de la stigmatisation des particularismes régionaux français pour être attribué à des groupes issus de l’immigration, surtout ceux qui restaient attachés à la communauté des croyants musulmans ? Or le communautarisme ne vise pas que les musulmans ou les maghrébins, il touche toutes les cultures. Il suffit d’observer une cour de récréation pour s’en convaincre. Le regroupement se fait par ethnie, à la cantine aussi et les uns et les autres ont tendance à exiger des faveurs liées à leur culture. Pire, même les adultes pratiquent et produisent du communautarisme. Le professeur maghrébin qui est plus à l’écoute et plus indulgent envers ses compatriotes culturellement proches, la surveillante antillaise qui va accorder des faveurs aux élèves des Antilles, le CPE français qui va catégoriser les sanctions en fonction des ethnies, la collègue de confession juive qui pose jamais des sanctions le samedi ou qui ferme les yeux sur les absences du samedi pour ne pas mettre en difficulté les élèves de même confession. On pourrait en citer d’autres exemples aussi frappant et questionneurs les uns que les autres. Justement, comme l’affirme Michel Oriol dans son article, « la tâche de l’école n’est-elle pas d’arracher l’enfant à ses liens communautaires en le socialisant. En le socialisant, elle le rend rationnellement éducable, disposé à contribuer par ses vertus civiques à la prise et à l’exécution des décisions collectivement arrêtées dans le cadre républicain ». |
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Renforcer le « vivre-ensemble » |
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L’école doit réfléchir sur elle-même pour contenir le communautarisme, favoriser le partage culturel et renforcer le vivre-ensemble. Elle doit pour cela rétablir le rite initiatique qui permet à l’élève de découvrir l’autre, de comprendre et d’intégrer les codes, et valeurs sociales républicains. Il faut rétablir les instances normatives pour que la norme sociale fasse sens pour les élèves. Il faut être ferme sur la conception de l’école comme espace public, réguler les identités individuelles et les ancrer dans une ou des identités collectives. Pourquoi ne pas organiser des fêtes d’école, des moments de partage. Des projets qui mobilisent les parents qui viendraient exposer les éléments de leurs cultures, la cuisine, la mode, les rites. Réorganiser l’espace classe pour que tous se mélangent. Il faut renforcer le sentiment d’appartenance des élèves à leur établissement pour qu’ils le vivent en commun. Il faut valoriser non pas des communautés spécifiques mais l’élève dans son comportement qui peut être un exemple pour tous.
La pluralité ethnique, si l’on désosse le mot ethnie de toutes ses références et connotations péjoratives, ne peut qu’être une richesse pour l’école. A condition que les uns ne vivent pas aux côtés des autres, mais les uns avec les autres, les uns ensemble avec les autres. Comme l’écrit Riva Kastoryano dans une contribution de la revue CNRS Théma « La pluralité ne doit pas être une somme de micro-communautés, elle ne doit pas secréter des expressions identitaires particularistes envahissant la sphère publique ».La pluralité ne doit pas favoriser l’ethnocentrisme mais elle doit être le moment d’un véritable partage culturel, d’une vraie co-construction de la société commune. Apprendre à être ensemble tout en respectant l’autre dans sa diversité et dans son unicité tel est l’un des enjeux primordiaux de notre école.
Gardy BERTILI CPE LP Jean PERRIN |